Vue panoramique d'un local commercial français endommagé par un incendie avec des documents financiers éparpillés au premier plan, symbolisant la perte d'exploitation
Publié le 15 mars 2024

Après un incendie, 70% des entreprises disparaissent. Ce n’est pas une fatalité, mais le résultat de contrats de perte d’exploitation mal calibrés.

  • Le choix entre marge brute et chiffre d’affaires détermine la base de votre survie financière et le montant de votre capital de survie.
  • Une durée d’indemnisation de 12 mois est un pari risqué qui ignore la réalité des délais de reconstruction et de reconquête commerciale.

Recommandation : Auditez votre contrat non pas comme une simple assurance, mais comme le plan de financement détaillé de votre survie en cas de crise majeure.

Pour un commerçant ou un industriel, l’image d’un local ravagé par les flammes est un cauchemar absolu. Au-delà du choc émotionnel, une question vitale s’impose en quelques heures : comment l’entreprise va-t-elle survivre financièrement à un arrêt de plusieurs mois ? La réponse semble évidente : l’assurance perte d’exploitation. Pourtant, la signature d’un contrat n’est pas une garantie de survie. Loin de là. Cette assurance n’est pas une obligation légale, mais elle est la seule bouée de sauvetage financière. La plupart des chefs d’entreprise se contentent de vérifier qu’ils sont « couverts », sans en comprendre les rouages financiers.

Cette approche est une erreur stratégique qui peut s’avérer fatale. L’indemnisation n’est pas un chèque en blanc ; c’est le résultat d’une mécanique précise, d’un arbitrage financier vital que vous devez maîtriser avant le sinistre. La véritable question n’est pas « suis-je assuré ? », mais « mon contrat est-il calibré pour transformer une indemnité en un véritable capital de survie ? ». La différence se joue sur des détails qui n’en sont pas : la base de calcul de votre manque à gagner, la durée réelle de votre convalescence économique, et la prise en compte des « coûts fantômes » et des dépendances de votre écosystème.

Cet article n’est pas un guide de plus sur ce qu’est la perte d’exploitation. C’est le plan de bataille d’un expert-comptable de crise. Nous allons décortiquer ensemble les points de bascule financiers de votre contrat, ces clauses qui, le jour du sinistre, feront la différence entre la reprise d’activité et la liquidation judiciaire. Nous analyserons comment l’assurance finance votre survie en mode dégradé et comment anticiper les chocs externes qui peuvent paralyser votre activité, même si vos locaux sont intacts.

Pour naviguer au cœur de ce mécanisme de survie, nous aborderons les aspects cruciaux de votre protection. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers les décisions financières essentielles pour que votre assurance perte d’exploitation soit une forteresse, et non une illusion.

Marge brute ou chiffre d’affaires : sur quelle base devez-vous vous assurer pour être bien indemnisé ?

Voici le premier arbitrage financier vital que tout dirigeant doit effectuer, bien avant le moindre sinistre. Assurer sa perte d’exploitation sur la base du chiffre d’affaires (CA) est une erreur courante et dévastatrice. L’assurance ne vise pas à remplacer votre CA, mais à reconstituer votre capacité à générer du bénéfice et à payer vos charges fixes. Or, cette capacité est directement liée à votre marge brute, c’est-à-dire ce qui vous reste une fois les charges variables (achats de marchandises, matières premières) déduites de votre CA. C’est sur cette marge que reposent le paiement de vos salaires, de votre loyer, de vos emprunts et, in fine, votre résultat net.

Choisir la mauvaise base de calcul, c’est prendre le risque d’une sous-indemnisation catastrophique. Un contrat « simplifié », souvent basé sur un taux de marge forfaitaire sectoriel, peut sembler attractif pour une TPE. Cependant, si votre marge réelle est supérieure au taux standard de votre secteur, vous serez mathématiquement perdant. Le contrat sur mesure, basé sur votre marge brute réelle issue du compte de résultat, est le seul véritable rempart.

Le tableau suivant, basé sur les pratiques observées en France, illustre la différence fondamentale entre ces deux approches. Comme le montre une analyse comparative des contrats, le diable se cache dans les détails du calcul.

Comparaison des méthodes de calcul de l’indemnité
Critère Contrat simplifié (taux forfaitaire) Contrat sur mesure (marge brute réelle)
Base de calcul CA annuel × taux de marge forfaitaire sectoriel (ex : boulangerie 60 %, hôtel-restaurant 75 %) Marge brute réelle issue du compte de résultat (produits d’exploitation – charges variables)
Profil adapté TPE, artisans, commerçants avec activité stable PME, entreprises à marges atypiques ou saisonnières
Risque de sous-indemnisation Élevé si la marge réelle diffère du taux sectoriel Faible si la déclaration annuelle est mise à jour
Ajustement automatique Non prévu en standard Clause d’ajustabilité +20 % généralement incluse
Calcul de l’indemnité Baisse de CA × taux forfaitaire Baisse de CA × taux de marge brute réel + frais supplémentaires

Exemple concret : l’indemnisation d’un commerce de vêtements

Prenons l’exemple d’un commerce de vêtements avec un CA annuel de 1 300 000 €. Suite à un incendie, l’activité est totalement paralysée, et le CA annuel chute à 770 000 €. La baisse de CA est donc de 530 000 €. L’entreprise, bien conseillée, était assurée sur sa marge brute réelle de 49,2%. L’indemnité de base pour la perte d’exploitation s’élève donc à 530 000 € × 49,2% = 260 760 €. À cette somme s’ajouteront les frais supplémentaires engagés pour limiter le préjudice. Si le contrat avait été basé sur un taux forfaitaire inférieur, l’indemnité aurait été mécaniquement réduite, mettant en péril la trésorerie.

De plus, la plupart des contrats sur mesure prévoient une clause d’ajustabilité : selon France Assureurs, la plupart des contrats d’entreprises prévoient une majoration automatique de 20% de la marge brute déclarée en cas de dépassement, offrant une sécurité cruciale en cas de forte croissance.

Pourquoi choisir une indemnisation sur 12 mois est souvent insuffisant pour se relever d’un gros sinistre ?

Le chiffre est glaçant et doit servir d’électrochoc à tout chef d’entreprise : selon l’INRS, 70 % des entreprises victimes d’un sinistre majeur disparaissent dans les mois qui suivent. Cette statistique terrifiante n’est pas due au hasard, mais souvent à une sous-estimation critique : celle de la durée réelle de la convalescence économique. La plupart des contrats standards proposent une période d’indemnisation de 12 mois. Or, pour un sinistre lourd, ce délai est un pari extrêmement dangereux.

La reconstruction des locaux et le remplacement du matériel de production sont des processus longs, soumis aux aléas des expertises, des permis de construire, des délais de livraison et de la disponibilité des artisans. Il n’est pas rare que la phase de reconstruction seule absorbe 9 à 12 mois. Mais le point crucial, souvent oublié, est que la perte d’exploitation ne s’arrête pas à la réouverture des portes. Il faut ensuite reconquérir sa clientèle, reconstituer ses stocks, relancer sa force commerciale et retrouver son niveau de chiffre d’affaires d’avant-sinistre. Cette « période de rattrapage » peut facilement durer 6 à 12 mois supplémentaires.

Opter pour une période d’indemnisation de 18, voire 24 mois, n’est pas un luxe, mais une mesure de prudence élémentaire. Cela permet de couvrir non seulement la phase de reconstruction, mais aussi la phase de reconquête commerciale, pendant laquelle le chiffre d’affaires redémarre lentement alors que les charges, elles, sont déjà revenues à leur niveau normal. L’image ci-dessous illustre l’ampleur d’un chantier, un rappel visuel que le temps de l’assurance n’est pas celui de l’entreprise.

Chantier de reconstruction d'un local commercial français après un incendie, montrant des échafaudages et des murs noircis sous un ciel gris

Cas d’une usine : 9 mois de reconstruction, une indemnité sur la durée

France Assureurs a détaillé le cas d’une usine détruite par un incendie. Il a fallu neuf mois pour que le site soit de nouveau opérationnel et retrouve son niveau d’activité initial. Si le contrat s’était arrêté à 12 mois, l’entreprise aurait eu une fenêtre de seulement 3 mois pour absorber les surcoûts et retrouver sa rentabilité, un défi immense. En couvrant la perte de marge brute sur toute la période nécessaire et en finançant les frais supplémentaires, l’assurance a permis de reconstituer le bénéfice qui aurait dû être réalisé, assurant la pérennité de l’entreprise.

La durée d’indemnisation est le poumon de votre contrat. Une durée trop courte vous laissera en apnée financière au moment le plus critique de votre reprise.

Location de matériel et heures sup : comment l’assurance finance-t-elle votre « mode dégradé » ?

Lorsqu’un sinistre paralyse votre outil de production, l’objectif immédiat est de limiter l’hémorragie du chiffre d’affaires. C’est là qu’intervient le concept de survie en mode dégradé : continuer l’activité, même partiellement, grâce à des solutions temporaires. Ces solutions ont un coût : location de locaux ou de machines, recours à la sous-traitance, heures supplémentaires massives pour le personnel… Ce sont les « frais supplémentaires d’exploitation ». La bonne nouvelle est que votre assurance perte d’exploitation est conçue pour les financer. La mauvaise est que ce financement est strictement encadré.

L’assureur ne paiera ces frais que s’ils sont jugés « pertinents » et « proportionnés ». Le principe directeur est simple : les frais supplémentaires engagés doivent permettre de diminuer la perte de marge brute d’un montant au moins équivalent. Vous ne pouvez pas dépenser 10 000 € en frais supplémentaires pour sauver 5 000 € de marge. De plus, l’accord préalable de l’expert d’assurance est quasi systématiquement requis avant d’engager des dépenses significatives. Toute initiative unilatérale risque de ne pas être remboursée.

La clé est donc la documentation et la justification. Chaque dépense doit être tracée, chaque facture conservée, et chaque décision (comme faire appel à un sous-traitant) doit être argumentée comme étant la meilleure option pour limiter le préjudice global. Dans l’exemple détaillé par France Assureurs, les frais engagés pour maintenir l’activité se sont élevés à 138 000 €, une somme qui n’a été remboursée que parce qu’elle était justifiée et avait permis d’éviter une perte de marge brute encore plus importante.

Votre plan d’action pour documenter les frais du mode dégradé

  1. Points de contact : Dès le sinistre, établissez un canal de communication formel avec l’expert de l’assureur pour valider chaque engagement de frais à venir.
  2. Collecte des preuves : Inventoriez et conservez méticuleusement tous les devis, contrats de location (locaux, matériel), factures de sous-traitance et relevés d’heures supplémentaires.
  3. Démonstration de la cohérence : Préparez un argumentaire chiffré montrant que chaque euro de frais supplémentaire dépensé permet de sauver plus d’un euro de marge brute.
  4. Analyse de proportionnalité : Confrontez systématiquement le coût de la mesure temporaire (ex: location d’une machine) au montant de la perte de CA qu’elle permet d’éviter.
  5. Plan d’intégration : Compilez un dossier de réclamation dédié aux frais supplémentaires, distinct de la perte de marge brute, pour faciliter l’analyse de l’expert.

Gérer le mode dégradé, c’est piloter son entreprise dans la tempête avec les fonds de l’assureur. Cela exige une rigueur administrative et une communication sans faille avec l’expert.

Fermeture administrative ou impossibilité d’accès : êtes-vous couvert si votre boutique est intacte mais inaccessible ?

C’est un scénario cauchemardesque et pourtant plausible : votre commerce est parfaitement intact, mais un incendie a ravagé l’immeuble voisin. Un arrêté de péril est pris par la mairie, interdisant l’accès à toute la rue pour des raisons de sécurité. Votre chiffre d’affaires tombe à zéro, mais vos biens ne sont pas directement touchés. Serez-vous indemnisé ? La réponse standard est : non.

La garantie perte d’exploitation de base ne se déclenche que si l’interruption d’activité est la conséquence d’un dommage matériel direct sur les biens assurés dans votre contrat. Si le sinistre se produit à l’extérieur, même à quelques mètres, la condition n’est pas remplie. Ce risque fait partie de ce que l’on nomme la « chaîne de dépendance » : votre activité ne dépend pas seulement de vos propres murs, mais aussi de son environnement immédiat. L’image ci-dessous illustre parfaitement cette situation frustrante.

Devanture intacte d'un commerce français avec un ruban de sécurité barrant l'accès à la rue, symbolisant l'impossibilité d'accès après un sinistre voisin

Pour se prémunir contre ce risque, il est impératif de souscrire une extension de garantie spécifique, souvent intitulée « Impossibilité d’accès » ou « Interdiction d’accès aux locaux ». Comme le précise France Assureurs, cette garantie n’est jamais incluse d’office et doit faire l’objet d’une demande explicite. Elle couvre la perte de marge brute résultant d’une fermeture imposée par les autorités publiques suite à un sinistre survenu dans un périmètre défini autour de vos locaux (par exemple, dans la même rue ou à moins de 500 mètres).

L’analyse de votre contrat sur ce point est cruciale. L’absence de cette extension est un trou béant dans votre protection, vous laissant totalement démuni face à un événement dont vous n’êtes pas responsable mais dont vous subissez toutes les conséquences financières. Il s’agit d’un arbitrage financier essentiel lors de la souscription.

Que se passe-t-il si c’est l’usine de votre fournisseur unique qui brûle et bloque votre production ?

La vulnérabilité de votre entreprise ne se limite pas à vos propres locaux. Elle s’étend à toute votre chaîne de dépendance, et notamment à vos fournisseurs. Imaginez que votre activité repose entièrement sur un composant spécifique fabriqué par un unique sous-traitant. Si l’usine de ce dernier est détruite par un incendie, votre propre ligne de production s’arrête net. Vous n’avez subi aucun dommage matériel direct, mais votre chiffre d’affaires s’effondre. Comme pour l’impossibilité d’accès, la garantie de base ne vous couvrira pas.

La solution réside, encore une fois, dans une extension de garantie optionnelle : la garantie « carence de fournisseurs » ou « pertes d’exploitation consécutives à un sinistre chez un fournisseur ». Cette clause permet d’être indemnisé pour votre propre perte de marge brute si l’un de vos fournisseurs (ou sous-traitants) nommément désigné au contrat subit un sinistre garanti (comme un incendie ou une explosion) qui l’empêche de vous livrer.

La garantie interdépendance : une option à déclarer

France Assureurs explique que cette extension est toujours conditionnelle. L’entreprise doit identifier et déclarer à son assureur la liste de ses fournisseurs et sous-traitants critiques. L’assureur évalue alors le risque et peut accepter de couvrir la carence de ces partenaires spécifiques. Sans cette déclaration préalable, aucune indemnisation n’est possible. Cet exercice force le chef d’entreprise à cartographier ses dépendances stratégiques et à les sécuriser contractuellement.

La fréquence des sinistres graves rappelle que ce risque n’est pas théorique. Le nombre de sinistres graves aux biens professionnels est en augmentation. Selon les chiffres clés 2024 de France Assureurs, le nombre de sinistres graves aux biens professionnels a atteint 223 incidents dépassant 2 millions d’euros en 2024. Chacun de ces événements a potentiellement paralysé des dizaines d’entreprises clientes en aval. Ne pas couvrir la carence de votre fournisseur unique, c’est laisser la clé de votre survie entre les mains de la chance.

Quand activer la garantie perte de loyers : les 3 scénarios catastrophe pour votre cash-flow

Pour de nombreux entrepreneurs, la structure juridique de leur activité est optimisée : une SCI (Société Civile Immobilière) détient les murs du local commercial, et une société d’exploitation (SAS, SARL) y exerce l’activité en payant un loyer à la SCI. Cette structure, fiscalement avantageuse, crée un piège financier redoutable en cas de sinistre si les assurances ne sont pas parfaitement coordonnées.

En cas d’incendie rendant les locaux inutilisables, deux flux financiers sont coupés : la société d’exploitation perd sa capacité à générer de la marge brute, et la SCI ne perçoit plus les loyers. Il s’agit de deux préjudices distincts qui doivent être couverts par deux garanties différentes dans deux contrats distincts :

  1. La perte d’exploitation pour la société d’exploitation, couverte par son assurance multirisque professionnelle.
  2. La perte de loyers pour la SCI, couverte par son assurance Propriétaire Non Occupant (PNO) ou multirisque immeuble.

Oublier d’assurer la perte de loyers pour la SCI est une erreur fréquente. Si seule la société d’exploitation est assurée en perte d’exploitation, l’indemnité qu’elle recevra servira à payer ses charges fixes (salaires, etc.), mais ne compensera pas la perte de revenus de la SCI, qui devra pourtant continuer à rembourser son propre emprunt bancaire. Cela crée un trou de trésorerie majeur dans le montage global. Le tableau suivant clarifie cette distinction essentielle.

Cette distinction est vitale, car en cas de sinistre, les deux entités juridiques ont des besoins financiers propres. Le tableau suivant, qui s’appuie sur une analyse des structures juridiques et assurantielles, met en lumière les risques d’une couverture incomplète.

Perte de loyers (propriétaire) vs Perte d’exploitation (locataire) : qui est couvert ?
Critère Garantie perte de loyers (propriétaire / SCI) Garantie perte d’exploitation (locataire / société d’exploitation)
Bénéficiaire Le propriétaire des murs (souvent une SCI) L’exploitant du fonds de commerce
Objet de la couverture Loyers non perçus pendant la période de reconstruction Perte de marge brute + frais supplémentaires d’exploitation
Contrat porteur Assurance propriétaire non occupant (PNO) ou multirisque immeuble Assurance multirisque professionnelle
Risque en cas de SCI + société d’exploitation Si seule la société d’exploitation est assurée, la perte de loyers de la SCI n’est pas couverte Ne compense pas les loyers dus au propriétaire si le bail n’est pas suspendu
Subrogation L’assureur peut hériter des droits du propriétaire contre le locataire responsable du sinistre L’assureur peut se retourner contre le tiers responsable

Les trois scénarios catastrophes pour votre cash-flow sont donc : assurer uniquement la perte d’exploitation, sous-estimer la durée de la perte de loyers, ou avoir des contrats dont les durées d’indemnisation ne sont pas alignées, laissant une des deux structures sans revenus pendant plusieurs mois.

Le piège d’oublier les frais de déblais et de mise en conformité dans votre réclamation

Après l’extinction des flammes, le travail ne fait que commencer. Avant même de penser à reconstruire, il faut déblayer. Cette phase, souvent perçue comme un simple « nettoyage », recèle en réalité des coûts fantômes qui peuvent lourdement grever votre indemnisation s’ils ne sont pas anticipés. Chaque année, la réalité de ces frais frappe des milliers d’entreprises ; d’après les données compilées, environ 25 000 incendies par an concernent des bureaux, ateliers, commerces ou entrepôts en France, chacun générant son lot de débris à gérer.

Votre contrat multirisque dommages couvre en général la « reconstruction à l’identique », mais les frais annexes sont souvent plafonnés ou soumis à des clauses spécifiques qu’il faut connaître. L’enlèvement des gravats, le transport en déchetterie spécialisée, et surtout la dépollution (amiante, plomb, résidus chimiques) peuvent représenter des sommes considérables. Ces frais de déblais font l’objet d’une ligne de garantie distincte avec son propre plafond, souvent bien inférieur au capital assuré pour le bâtiment. Il est crucial de vérifier et négocier ce plafond.

Gros plan sur des débris calcinés et des cendres dans un local professionnel après un incendie, montrant les textures de matériaux brûlés et la complexité du déblaiement

Un autre piège majeur est la mise en conformité réglementaire. Si, depuis la construction de votre bâtiment, les normes ont évolué (accessibilité, sécurité incendie, isolation), l’arrêté préfectoral de reconstruction vous imposera de respecter les nouvelles normes. Or, la garantie « reconstruction à l’identique » ne couvre pas, en standard, ce surcoût lié à l’amélioration. Il faut souscrire une option « reconstruction en valeur à neuf » et vérifier qu’elle inclut bien les frais de mise en conformité. Oublier ces postes dans la réclamation, c’est devoir les financer sur sa propre trésorerie, au moment où elle est la plus fragile.

Voici une liste des postes de frais annexes trop souvent négligés lors de l’établissement de la réclamation après un incendie :

  • Frais de déblaiement et enlèvement des gravats : Le plafond de garantie est-il suffisant pour couvrir le volume et la nature de vos débris ?
  • Coûts de dépollution : La présence d’amiante ou de plomb était-elle connue de l’assureur ? Si non, la couverture peut être refusée.
  • Mise en conformité réglementaire : Le surcoût pour respecter les nouvelles normes est-il bien inclus dans une garantie « valeur à neuf » étendue ?
  • TVA non récupérable sur l’indemnité PE : L’indemnité de perte d’exploitation est considérée comme un produit imposable, sa TVA n’est pas déductible. Il faut donc provisionner l’impôt à payer sur cette somme.
  • Frais d’expertise privée (expert d’assuré) : Se faire assister par son propre expert a un coût (souvent un pourcentage de l’indemnité) qui n’est que rarement couvert par le contrat de base.

À retenir

  • Base de calcul : Votre indemnité doit impérativement être calculée sur votre marge brute réelle, et non sur votre chiffre d’affaires ou un taux forfaitaire.
  • Durée d’indemnisation : Une durée de 24 mois n’est pas un luxe, mais une nécessité pour couvrir la reconstruction ET la reconquête commerciale.
  • Garanties annexes : La couverture de l’impossibilité d’accès et de la carence de fournisseurs stratégiques doit être explicitement souscrite. Ce sont des extensions, pas des standards.

Salaires, loyers et emprunts : comment payer vos charges fixes quand le chiffre d’affaires tombe à zéro ?

Voici la finalité absolue de l’assurance perte d’exploitation : se substituer à votre chiffre d’affaires manquant pour permettre à l’entreprise de continuer à honorer ses charges fixes. Sans activité, pas de revenus, mais les salaires, le loyer, les échéances d’emprunt, les impôts et les abonnements continuent de courir. C’est l’asphyxie financière qui guette toute entreprise non préparée. L’indemnité que vous percevrez a pour unique but de maintenir la structure vitale de votre entreprise en vie, pour qu’elle puisse redémarrer une fois l’outil de production reconstruit.

L’ensemble des cotisations pour ce type de risque témoigne de son importance économique. D’après le bilan 2024 de France Assureurs, les cotisations d’assurance des biens professionnels ont atteint 9,4 milliards d’euros, dont une part significative est allouée à la couverture de la perte d’exploitation, ce véritable parachute financier.

Pour que ce parachute s’ouvre correctement, votre déclaration de marge brute assurable doit intégrer l’intégralité de ces charges. Une omission ou une sous-évaluation, et l’indemnité sera mécaniquement insuffisante. Il est crucial de lister et quantifier précisément toutes les dépenses incompressibles :

  • Salaires et charges sociales : Le maintien des salaires est une obligation légale dans la plupart des cas. L’assurance couvre cette masse salariale, mais il faut vérifier les éventuels plafonds de durée.
  • Loyers commerciaux : Un bail commercial de type 3-6-9 ne se suspend pas automatiquement en cas de sinistre. Le loyer reste dû, d’où l’importance de la garantie pour la société d’exploitation (et de la garantie perte de loyers pour la SCI propriétaire).
  • Échéances d’emprunts : Les intérêts bancaires et les remboursements de capital continuent. Ces « frais financiers » doivent être explicitement inclus dans l’assiette de la garantie.
  • Impôts et taxes : La Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) et autres taxes locales restent dues.
  • Contrats et abonnements : Leasing, licences de logiciels, contrats de maintenance… tous ces engagements perdurent et doivent être financés.

Cas d’une chocolatière : une indemnisation rapide pour les charges urgentes

L’exemple de Tiphaine Corvez, une chocolatière parisienne dont le local de fabrication a été détruit par un incendie, est parlant. Grâce à un dossier bien préparé et un contrat bien calibré, son assureur, la MAPA, a pu lui verser une première indemnité de 10 000 € un mois seulement après la déclaration de sinistre. Cette rapidité a été cruciale pour couvrir les toutes premières charges fixes et éviter une rupture de trésorerie immédiate, démontrant l’efficacité du mécanisme lorsque toutes les pièces sont en place.

L’assurance perte d’exploitation n’est donc pas une simple compensation. C’est le carburant qui alimente le moteur de votre entreprise lorsqu’il tourne à vide, lui donnant les moyens de traverser la crise sans s’effondrer.

Pour garantir que votre entreprise puisse continuer à respirer financièrement pendant la crise, une analyse rigoureuse de toutes les charges fixes à couvrir est la dernière étape clé de votre préparation.

Questions fréquentes sur la couverture de la perte d’exploitation après incendie

Ma boutique est intacte mais un arrêté de péril sur l’immeuble voisin m’interdit l’accès : suis-je couvert ?

Non, en standard. La garantie perte d’exploitation de base exige un dommage matériel direct sur vos propres biens. L’impossibilité d’accès due à un sinistre voisin n’est couverte que si vous avez souscrit l’extension spécifique « impossibilité ou interdiction d’accès aux locaux ».

L’extension « impossibilité d’accès » couvre-t-elle les fermetures administratives liées aux événements climatiques ?

Cela dépend des conditions particulières du contrat. Les arrêtés préfectoraux d’interdiction d’accès pour raison de sécurité publique (inondations, épisodes cévenols) peuvent être qualifiés de « cas fortuit » et exclus de la garantie si le contrat ne prévoit pas explicitement l’extension « événements extérieurs ».

Quelle est la différence entre le « risque locatif » et le « risque exploitation » dans ce contexte ?

Le risque locatif couvre la responsabilité du locataire envers le propriétaire pour les dommages causés aux murs. Le risque exploitation couvre la perte de revenus liée à l’interruption d’activité. La plupart des contrats TPE en France excluent la perte d’accès du risque exploitation si elle ne résulte pas d’un sinistre matériel couvert sur les lieux assurés.

Rédigé par Karim Benali, Courtier en assurances professionnelles et risques d'entreprise, Karim est spécialisé dans la couverture des artisans (décennale) et la continuité d'activité (perte d'exploitation).